projets d'intégration 1996-2011

Contexte académique

Le programme d’études en Arts et Lettres

Depuis le « Renouveau de l’enseignement collégial » annoncé en 1992 et progressivement implanté jusqu’en 1996, les collèges ont la responsabilité d’élaborer leurs programmes d’études selon des objectifs identifiés et selon des règles prescrites par le Ministère. Les collèges doivent aussi rendre compte au Ministère de leurs pratiques d’évaluation et de la qualité des formations dispensées.

Dans la foulée de cette réforme, le collège Jean-de-Brébeuf a confectionné ses programmes d’études selon l’approche programme édictée par le Ministère ; par la suite, le collège a adapté ses programmes à l’approche par compétences lorsque celle-ci a été introduite dans l’enseignement collégial.

Le collège privilégie une approche multidisciplinaire dans son programme d’études en Arts et Lettres. Cette approche vise l’acquisition d’une solide formation de base qui englobe une diversité de savoirs et qui favorise le tissage de liens et le transfert des apprentissages entre ceux-ci. Le collège caractérise également son programme en Arts et Lettres par une formation équilibrée entre la théorie et la pratique, afin d’assurer une véritable maîtrise des apprentissages par l’étudiant et par l’étudiante.

Le programme d’études en Arts et Lettres du collège Brébeuf est un programme d’études pré universitaires qui s’inscrit en continuité avec les programmes d’études universitaires. Il offre des formations dans trois profils : Arts visuels, Design et Communications ; Lettres, Théâtre et Communications ; Création multimédia et Communications.

Ces trois profils abordent différents univers, domaines et disciplines qui possèdent leurs langages, leurs savoir-faire et leurs connaissances propres. Tout au long de leur formation, l’étudiant et l’étudiante s’approprient ces savoirs et en maîtrisent les pratiques dans des projets de création qui leur permettent d’exprimer leurs habiletés personnelles. La nature de cette formation s’inscrit dans la continuité de la tradition éducative du collège, qui vise le développement intégral de la personne.

Enfin, avec le « Renouveau de l’enseignement collégial », les programmes d’études comportent, en fin de formation, une importante activité d’apprentissage : l’Activité d’intégration, une activité spécifique à chaque programme, et commune à tous les étudiants et les étudiantes d’un même programme.

 

L’Activité d’intégration

Tous les courts-métrages décrits dans cette filmographie ont été réalisés dans le contexte et le cadre d’une formation collégiale : l’Activité d’intégration du programme Arts et Lettres.

L’Activité d’intégration survient au terme de la formation collégiale : elle permet à l’étudiant et à l’étudiante d’intégrer des connaissances et des habiletés acquises dans le programme Arts et Lettres, tout en s’appropriant de nouveaux savoirs. Cette importante activité confirme l’intégration des compétences acquises durant la formation, en proposant un apprentissage qui entraîne la restructuration des savoirs antérieurs et qui facilite leur transfert à de nouvelles situations concrètes.

Au collège Brébeuf, le contenu et la stratégie pédagogique de l’Activité d’intégration du programme Arts et Lettres ont été conçus par Mme Suzanne Lacelles-Lafrance, comme un projet d’apprentissage multidisciplinaire qui intègre les connaissances et habiletés antérieures, et qui englobe les buts généraux (les éléments de compétences) à atteindre du Ministère.

L’Activité d’intégration du collège Brébeuf propose, à titre de plateforme d’apprentissage, un projet de création : la conception et la réalisation d’un court-métrage au sein d’une équipe de réalisation. En soi, ce projet requiert l’apprentissage de langages, de modes d’expression et de techniques particulières, ainsi que le développement de plusieurs habiletés qui lient la théorie et la pratique dans un contexte concret de création.

La réalisation d’un court-métrage est le noyau de L’Activité d’intégration, mais cet apprentissage se loge dans un cadre de formation plus vaste où les étudiants et les étudiantes doivent se situer dans l’histoire et la contemporanéité de la culture et doivent y conduire, de manière autonome, une démarche de création. Dans cette perspective, la professeure a élaboré une stratégie pédagogique qui conjugue l’expérience de l’autonomie avec un encadrement approprié, par la mise en place d’une situation réelle de création où la notion de culture est abordée par le biais de l’institution culturelle nationale, et où les fonctions de professeure et d’étudiants sont juxtaposées avec celles de productrice déléguée et de créateurs.

Cette stratégie pédagogique est mise en exercice avec la formation, dans chaque classe, de 7 à 8 agences de création composées chacune de 3 à 5 jeunes créateurs et créatrices. Ces agences ont pour mandat de concevoir un produit culturel – un projet de court-métrage – en regard d’un thème culturel prescrit et en respectant les exigences postulées par la productrice déléguée.

Les travaux de recherche et de conception au sein des agences de création sont des activités propices à l’intégration des savoirs et des méthodologies par les étudiants et les étudiantes. Ces derniers sont libres quant aux choix des emprunts et des transferts multidisciplinaires et, de la même façon, ils décident de la catégorie et du genre de leur court-métrage en projet. Par ailleurs, leur formation est encadrée par l’apprentissage ou l’usage, entre autres, de l’exploration documentaire, de la recherche conceptuelle, de la scénarisation et enfin, d’une bible de présentation où ils consignent tous les aspects de leur démarche.

Au terme de l’élaboration de leur concept et de son angle de traitement, les membres des agences préparent une campagne spéculative (« pitch ») pour exposer et défendre leur projet de création devant un jury qui va sélectionner 3 projets parmi les 7 à 8 projets par groupe. La sélection d’un projet par le jury est une reconnaissance significative de l’apport des concepteurs et des conceptrices, qui se voient attribuer l’idée originale du projet qui va bientôt devenir un court-métrage. La sélection des projets à réaliser entraîne la dissolution des agences de création.

La réalisation des courts-métrages est un processus qui se développe en trois étapes : la pré production, la production et la post production.

L’étape de la pré production s’amorce avec la formation de 6 à 9 équipes de réalisation et avec la mention, par la productrice déléguée, des prescriptions finales du jury. Chaque équipe est formée de 7 à 12 membres qui vont assumer les fonctions des différents départements d’une production cinématographique. Cette nouvelle mise en situation exige un apprentissage de la responsabilité qui va de pair avec l’autonomie : les membres des agences précédentes doivent maintenant travailler avec de nouveaux coéquipiers, sur un projet initialement concurrent.

Cette étape se caractérise par les nombreux travaux de préparation menés par les membres des équipes de réalisation au sein de leurs départements respectifs : la version finale du scénario et le découpage technique ; le financement et la gestion de la production ; la recherche et la visite des lieux de tournage ; le « casting », les prises de contact et les entrevues ; l’élaboration des décors, accessoires, costumes et maquillages ; la recherche et la location d’équipement technique spécialisé si celui-ci est nécessaire.

Toutes les préparations précédentes nécessitent l’usage d’outils et la conduite de pratiques qu’il faut connaître et maîtriser. Il appartient à la professeure de fournir les informations et les documents pertinents aux membres des équipes. Il appartient aux appariteurs et aux apparitrices d’initier les étudiants et les étudiantes aux caractéristiques et au fonctionnement des équipements techniques.

Les équipes de réalisation tiennent également des réunions de production périodiques, certaines planifiées par départements et d’autres prévues pour tous les membres de l’équipe. Enfin, chaque membre rédige un journal de bord personnel, à titre d’outil indispensable dans toute démarche de création.

La tâche essentielle de la professeure est d’établir les conditions d’une formation réussie. Par conséquent, dans sa fonction de productrice déléguée, elle assure un encadrement attentif à la conduite efficace des tâches exécutées par chacun des membres des équipes. Cet encadrement est multiforme. Il s’agit d’abord d’un suivi méthodique de la progression de la démarche de chacun des membres dans sa fonction spécifique, afin que celui-ci rencontre ses objectifs de création et l’échéancier collectif. L’encadrement prend aussi la forme d’une aide pour la résolution de problèmes de différents ordres, rencontrés tout au long de cette étape. La productrice déléguée s’assure aussi de la compréhension et de l’utilisation efficace, par les étudiants et les étudiantes, des outils méthodologiques utilisés dans leur apprentissage, et dont les plus importants sont les réunions de production, les documents de gestion et le journal de bord.

Enfin, pendant l’étape de la pré production, la formation des étudiants et des étudiantes est bonifiée par l’apprentissage de connaissances et de savoir-faire additionnels, transmis durant une journée d’ateliers de formation préparés et animés par des intervenants du milieu professionnel. Cette interaction directe et dynamique avec des agents culturels permet le partage de leur compréhension du monde culturel, de leur expérience d’un contexte réel de création, ainsi que de leurs connaissances de la nature et des conditions du milieu actuel de la production. Ces ateliers sont conçus pour équilibrer les connaissances théoriques acquises, avec les expériences pratiques et contemporaines de professionnels qui font carrière dans des contextes similaires à ceux mis en place pour la formation des étudiants et des étudiantes.

Dans la conduite du projet de création, l’étape de la production est un moment culminant. Durant cette étape, le scénario initial est transposé en éléments sonores et visuels qui vont constituer un nouveau discours. Ce travail devient une entreprise où tous les intervenants, chacun dans sa fonction, coopèrent de façon efficace pour atteindre leurs objectifs communs. Cette entreprise nécessite la direction et la coordination de tous les intervenants au sein de leur équipe de réalisation, ainsi que l’assistance sur place d’un appariteur ou d’une apparitrice.

Durant cette étape, les équipes de réalisation assument de nombreuses responsabilités en un temps limité : la préparation du plateau de tournage, des décors et des accessoires ; l’installation des équipements d’éclairage et du son ; la préparation des interprètes (costumes et maquillages) ; les répétitions et les séances de tournage, en studio ou en extérieur ; enfin, le démontage, l’inventaire et l’emballage du matériel technique et la remise en l’état des lieux.

La post production constitue la dernière étape du processus. Elle se caractérise par l’exécution de tâches dévolues à certains membres de l’équipe : le montage, l’usage d’effets spéciaux ou de l’animation, l’enregistrement de la narration, la finalisation de la bande sonore et la fabrication du générique. Ces tâches sont menées dans des locaux spécialisés – les salles de montage, le laboratoire informatique et la régie son – avec, si besoin est, l’assistance d’un appariteur pour la bonne compréhension du maniement des équipements techniques.

L’aboutissement du processus de création ne signifie pas la fin de la formation des étudiants et des étudiantes.

Le court-métrage achevé devient une œuvre originale, issue à la fois d’une stratégie de communication bien structurée et d’une refonte des savoirs acquis dans les disciplines en Arts et Lettres. Il est aussi un message culturel inédit sur un intervenant de notre institution culturelle nationale. Ces deux perspectives rejoignent les objectifs de l’Activité d’intégration et les reconduisent dans les dernières activités d’apprentissage.

Ainsi, un post-mortem puis un visionnement critique sont par la suite tenus en classe, avec l’usage de l’analyse et la réflexion critique, afin de prendre une nécessaire distanciation envers les œuvres produites. Par une réflexion critique sur les différents moments de leur processus de création, les étudiants et les étudiantes identifient les lacunes et les succès de leur démarche. Par une analyse rétrospective, ils et elles sont en mesure d’évaluer la justesse du discours qu’ils ont tenu sur un fragment de l’univers culturel. Cet exercice de jugement éclairé permet aussi à chaque étudiant et étudiante de faire un constat lucide sur sa performance, ses capacités et son engagement personnel.

Enfin, un examen final permet une réflexion personnelle sur la problématique de la création, en donnant l’opportunité à l’étudiant et à l’étudiante de s’exprimer une dernière fois sur sa démarche de création et/ou sur son œuvre achevée.

Au terme de l’Activité d’intégration, une reconnaissance particulière souligne le travail des finissants et des finissantes du programme Arts et Lettres, par une projection publique de leurs courts-métrages, lors du Festival Arts, Lettres et Communications (Festival des Tortues)[1].



[1] Le Festival Arts, Lettres et Communications (Festival des Tortues) est un événement annuel organisé par les professeurs d’Arts et Lettres du collège Jean-de-Brébeuf. Ce festival présente une sélection d’œuvres produites par les étudiants et les étudiantes des différentes disciplines du programme. Ce festival existe depuis plus de 30 ans.